Sexualité et Handicap : réinventer les chemins du plaisir

Sexualité et Handicap

Réinventer les chemins du plaisir

Quand on parle de handicap, on pense souvent aux soins, à la rééducation, à l’autonomie, aux déplacements ou aux difficultés du quotidien.

Mais il existe un sujet dont on parle encore beaucoup moins : la vie affective, relationnelle et sexuelle.

Le désir.
La séduction.
Le plaisir.
Le couple.
La tendresse.
Le besoin de toucher et d’être touché.
L’envie d’aimer et d’être aimé.

Pourtant, le handicap ne fait pas disparaître tout cela.

Qu’il soit présent depuis la naissance ou qu’il survienne au cours de la vie, il peut influencer le rapport au corps, à l’image de soi, aux relations et à la sexualité.
Mais il ne définit pas une personne.

Et surtout, il n’existe pas une seule manière de vivre sa sexualité avec un handicap.
Chaque histoire est différente. Chaque corps est différent. Chaque personne possède ses propres envies, ses limites, ses sensations et son propre chemin.


 

« Est-ce que je peux être désirable ? »

Avant même de parler de sexualité, il y a parfois une question plus intime encore :
« Est-ce que je peux plaire ? »

Lorsqu'un handicap est visible, le regard des autres peut prendre une place considérable.

On peut être regardé comme une personne fragile, dépendante ou à protéger, alors qu'on aimerait simplement être regardé comme une femme, un homme, un partenaire, une personne séduisante.

Et lorsque le handicap survient au cours de la vie, cette question peut être encore plus bouleversante.
Le corps que l'on connaissait a changé.
Il faut parfois réapprendre à bouger, à ressentir, à prendre soin de soi et à se regarder autrement.

Mais lorsqu'on est né avec un handicap, le chemin peut être différent.
Il n'y a pas forcément de « corps d'avant » auquel se comparer. Il peut s'agir de construire progressivement son rapport au corps, au désir et à l'intimité, parfois avec peu de modèles ou d'informations autour de soi.

Dans les deux situations, une même question peut pourtant apparaître :
« Est-ce que quelqu'un pourra avoir envie de moi ? »

Cette question est profondément humaine.

Parce que la sexualité ne commence pas uniquement dans les organes génitaux. Elle commence aussi dans l'image que l'on a de soi, dans la confiance, dans la façon dont on se sent regardé, désiré et accueilli par l'autre.


 

Une personne handicapée n'est pas une personne sans désir

Les personnes en situation de handicap sont encore parfois représentées comme des personnes fragiles, dépendantes, voire asexuées.
Comme si le handicap faisait disparaître une partie de leur identité.

Pourtant, une personne handicapée reste une personne avec ses envies, ses fantasmes, ses préférences, ses limites, ses besoins de tendresse, de sensualité et de sexualité.

Elle peut avoir envie de séduire.
Elle peut avoir envie d'être séduite.
Elle peut être en couple ou célibataire, avoir envie de rencontrer quelqu'un, de construire une relation, de vivre une aventure ou simplement de découvrir ce qui lui fait du bien.

Le handicap ne supprime pas le désir.
Il peut simplement demander de l'écouter autrement.


 

Quand on est né avec un handicap : construire sa sexualité

Lorsqu'un handicap est présent depuis la naissance, la question de la sexualité peut se construire autrement.

Il n'y a pas nécessairement de sexualité « d'avant » à retrouver.
Il s'agit parfois de découvrir son corps, ses sensations, ses envies et sa manière d'entrer en relation avec les autres tout au long de sa construction personnelle.

Mais cette découverte peut être compliquée lorsque l'entourage regarde principalement la personne à travers son handicap.
Enfant, adolescent puis adulte, on peut avoir été davantage protégé, aidé ou médicalisé que sensibilisé à la vie affective et sexuelle.

On peut avoir reçu beaucoup d'informations sur ce que son corps ne peut pas faire, et beaucoup moins sur ce qu'il peut ressentir.
On peut également avoir grandi avec l'idée, parfois véhiculée par les autres, que la sexualité serait trop compliquée, différente ou même qu'elle ne serait pas vraiment faite pour soi.

Pourtant, les questions restent les mêmes que pour beaucoup d'autres personnes :
Comment savoir que l'on plaît ?
Comment oser séduire ?
Comment rencontrer quelqu'un ?
Comment parler de ses envies ?
Comment découvrir son corps et ses sensations ?
Comment poser ses limites et respecter celles de l'autre ?

La sexualité se construit aussi à travers ces apprentissages.
Et c'est précisément pour cela que l'accès à l'éducation à la sexualité est essentiel.


 

Quand le handicap survient au cours de la vie : réinventer sa sexualité

Lorsqu'un accident, une maladie ou un autre événement vient modifier un corps que l'on connaissait auparavant, le chemin peut être différent.

Il peut y avoir la nostalgie de certaines sensations, de certaines pratiques ou d'une certaine image de soi.
Il peut aussi y avoir un véritable sentiment de perte.

« Est-ce que je pourrai encore vivre ma sexualité comme avant ? »
La réponse est parfois : non.
Pas exactement comme avant.

Certaines sensations peuvent changer.
Certaines positions peuvent devenir inconfortables ou impossibles.
La fatigue, les douleurs, la mobilité ou certains traitements peuvent également avoir des conséquences sur la vie sexuelle.

Mais différent ne veut pas dire moins bien.
Et c'est une distinction essentielle.

Une sexualité qui évolue peut aussi devenir une sexualité que l'on explore davantage.
Il peut être nécessaire de modifier certaines pratiques, de prendre davantage le temps, de découvrir de nouvelles zones sensibles, d'utiliser des accessoires ou simplement de sortir des habitudes auxquelles on était habitué.

On peut apprendre à donner et à recevoir du plaisir autrement.
Et parfois, cette exploration ouvre des possibilités que l'on n'avait jamais envisagées auparavant.

Réadapter sa sexualité, ce n'est pas renoncer à sa sexualité.
C'est chercher ce qui peut faire du bien aujourd'hui.


 

Une sexualité différente peut être tout aussi nourrissante

Nous avons parfois tendance à comparer la sexualité à une norme : certaines pratiques, certaines sensations, certaines performances seraient les « bonnes » façons de faire.
Mais la sexualité n'est pas une recette.

Elle évolue avec nous, avec notre corps, avec nos expériences et avec nos relations.

Une sexualité épanouissante n'est donc pas forcément celle qui ressemble à celle que l'on avait avant, ni à celle que l'on voit chez les autres.
C'est celle dans laquelle on peut se sentir libre, respecté, désiré, connecté à soi et à l'autre.

Et lorsque l'on accepte de sortir des automatismes, une sexualité différente peut parfois devenir plus consciente, plus créative, plus attentive aux sensations et à la relation.
Elle peut même devenir plus nourrissante.

La question n'est alors plus forcément :
« Comment retrouver ma sexualité d'avant ? »

Mais plutôt :
« Quelle sexualité est possible pour moi aujourd'hui ? Et qu'est-ce qui pourrait vraiment me faire du bien ? »


 

Réapprendre son corps, autrement

Lorsqu'un corps change, il peut être nécessaire de partir à sa redécouverte.

« Qu'est-ce qui me plaît aujourd'hui ? »
« Qu'est-ce qui me procure du plaisir ? »
« Quelles sensations ai-je envie d'explorer ? »
« Quelles sont mes limites ? »
« De quoi ai-je besoin pour me sentir en confiance ? »

Ces questions peuvent être importantes pour soi, mais aussi dans le couple.
Car l'intimité demande parfois de sortir des habitudes et d'accepter de ne pas tout savoir.

On peut apprendre ensemble.

Essayer.
Échanger.
Rire parfois.
Se tromper.
Recommencer.

Et surtout, parler.
Dire ce qui fait du bien. Dire ce qui ne convient pas. Oser demander. Oser ralentir. Oser changer.

La communication devient alors une véritable alliée de la sexualité.


 

À deux, il faut parfois réapprendre à se rencontrer

Quand le corps change, le couple peut lui aussi devoir trouver de nouveaux repères.
Ce qui fonctionnait avant peut ne plus fonctionner. Certaines habitudes doivent être abandonnées, d'autres inventées.

Cela peut être déstabilisant pour les deux partenaires.
Mais c'est aussi l'occasion de sortir d'une sexualité basée sur les automatismes.

Prendre le temps de parler.
Dire ses envies.
Exprimer ses peurs.
Découvrir ce qui est encore possible.
Tester autrement.
Rire de certaines maladresses.
Recommencer.

La sexualité à deux n'est pas un examen à réussir. C'est un espace à construire ensemble.

Et parfois, cette nouvelle façon de faire permet de redécouvrir une intimité plus attentive, plus consciente et plus connectée.


 

L'éducation à la sexualité : un droit à ne pas oublier

Parler de sexualité et de handicap, c'est aussi parler d'un droit essentiel : celui d'accéder à une information adaptée.

L'éducation à la sexualité ne se résume pas à parler de contraception ou d'infections sexuellement transmissibles.
C'est aussi apprendre à connaître son corps, comprendre ses émotions, identifier ce qui procure du plaisir ou de l'inconfort, comprendre le consentement, savoir poser ses limites et respecter celles des autres.

C'est également pouvoir entendre que le désir, l'amour, l'intimité et la sexualité ont leur place dans la vie de chacun.

Pour les personnes en situation de handicap, cette éducation doit pouvoir être accessible et adaptée au handicap, à l'âge et aux capacités de compréhension de chacun.

  • Car comment apprendre à aimer son corps lorsqu'on ne vous parle jamais de votre corps autrement qu'à travers vos soins ?
  • Comment apprendre à exprimer ses envies lorsqu'on vous a surtout appris à accepter l'aide des autres ?
  • Et comment construire une relation équilibrée lorsqu'on ne vous a jamais réellement parlé de consentement, de désir ou de vie affective ?

L'information est aussi une forme d'autonomie.


 

Le plus grand frein peut parfois être le regard des autres

Il existe des obstacles très concrets à la sexualité : accessibilité, fatigue, douleurs, mobilité, traitements ou difficultés physiologiques.

Mais il existe aussi des obstacles beaucoup moins visibles.

Une famille qui considère encore son enfant adulte comme une personne à protéger.
Un professionnel qui n'aborde jamais la question de la sexualité.
Un entourage qui pense qu'une personne handicapée n'a pas de vie intime.
Ou simplement cette peur de ne plus être considéré comme désirable.

Lorsque la sexualité n'est jamais évoquée, elle peut finir par devenir un sujet dont la personne elle-même n'ose plus parler.
Pourtant, avoir besoin d'aide dans certains aspects de la vie ne signifie pas perdre son intimité, son désir ou sa capacité à choisir.

La vie affective et sexuelle mérite elle aussi d'avoir sa place dans l'accompagnement.


 

Quand on ne sait plus comment faire, on peut se faire accompagner

Réinventer sa sexualité ne signifie pas devoir tout trouver seul.

Selon les besoins, différents professionnels peuvent accompagner cette démarche : médecin, kinésithérapeute, ergothérapeute, sexologue, psychologue ou autre professionnel formé à la question.

L'accompagnement peut permettre de :

  • mieux comprendre les changements du corps
  • chercher des adaptations
  • travailler sur l'image corporelle
  • travailler sur la confiance en soi
  • travailler sur les difficultés dans le couple
  • ou simplement de pouvoir parler de sexualité sans avoir peur d'être jugé.

Et parfois, les solutions sont très concrètes : adapter une position, modifier le rythme, utiliser un coussin ou un support, découvrir un accessoire, aménager l'espace ou trouver une autre manière d'exprimer son désir.

Il existe également, dans certains pays, des dispositifs d’assistance sexuelle destinés à certaines personnes en situation de handicap qui rencontrent des difficultés importantes pour accéder à leur vie intime et sexuelle.

Selon les besoins et les dispositifs, cette assistance peut permettre d’explorer son corps, le toucher, la sensualité ou certaines pratiques sexuelles.
Mais elle peut aussi, pour certaines personnes, simplement répondre au besoin d’une présence affective, de contact, de tendresse ou de câlins, lorsque ces formes de proximité sont difficiles à vivre autrement.

Cette démarche s’inscrit dans un cadre spécifique, où le consentement, l’autonomie, les limites et la dignité de chacun occupent une place centrale.
En France, la question reste particulièrement sensible et fait encore l’objet de débats éthiques, sociaux et juridiques.

Mais il pose une question essentielle :
« Comment permettre aux personnes qui en ont besoin d'accéder à une vie intime, au plaisir et à la découverte de leur corps, tout en respectant leur autonomie, leur consentement et leur dignité ?  »

L'important est surtout de ne pas partir du principe qu'il existe une solution unique.
Chaque personne doit pouvoir trouver ce qui lui correspond.


 

Et si l'intimité devenait une exploration ?

Finalement, réinventer sa sexualité, avec ou après un handicap, c'est peut-être accepter de redevenir curieux de son propre corps.

Observer.
Écouter.
Tester.
S'adapter.
Découvrir.

Il ne s'agit pas forcément de retrouver ce que l'on avait avant.

Et pour certaines personnes, il ne s'agit même pas de retrouver quoi que ce soit : il s'agit de construire sa propre sexualité.

Dans les deux cas, le chemin peut être une véritable exploration.
Parce qu'il n'existe pas une sexualité « normale » qu'il faudrait atteindre.
Il existe une sexualité qui nous correspond, avec notre histoire, notre corps, nos envies et nos possibilités.

Le handicap peut transformer une sexualité.
Mais il ne lui enlève ni sa valeur, ni sa richesse, ni sa possibilité d'être source de plaisir et de connexion.

Et parfois, lorsqu'on accepte de sortir des chemins habituels, cette sexualité différente peut devenir une nouvelle manière de se découvrir.


 

Changer notre regard

Parler de sexualité et de handicap, c'est donc bien plus que parler de positions ou de difficultés physiques.

C'est parler :

  • de dignité
  • de confiance en soi
  • de liberté
  • de consentement
  • de désir
  • d'amour

Et surtout, de cette possibilité de continuer à se sentir pleinement vivant.

Le handicap peut transformer un corps.
Il peut bouleverser une vie.
Il peut obliger à réinventer certaines choses.

Mais il ne résume jamais une personne.

On peut être handicapé et amoureux.
On peut être handicapé et désirable.
On peut être handicapé et avoir du désir.
On peut être handicapé et vivre une sexualité.

Parfois, il faudra simplement accepter de ne plus faire exactement comme avant.
Parfois, il faudra construire cette sexualité pour la première fois.

Et peut-être découvrir, au passage, une autre façon de se rencontrer.


 

Les Témoignages : 

« Après mon accident, j’ai dû réapprendre à vivre… et à aimer »

En 1997, ma vie a complètement changé. J’ai eu un grave accident et je me suis retrouvé tétraplégique. J’ai passé plusieurs mois dans le coma. À mon réveil, il a fallu que je réapprenne beaucoup de choses et surtout que j’apprenne à vivre avec ce nouveau corps.

La rééducation a pris une grande place dans ma vie. Mais il y avait aussi des choses dont on parlait beaucoup moins. L’amour, le couple, le désir, la sexualité. Et plus tard, la possibilité d’avoir des enfants.

Quand on devient handicapé, on peut facilement se demander si on pourra encore avoir une vie normale. Est-ce qu’on pourra encore plaire ? Est-ce qu’on pourra avoir une relation ? Est-ce qu’on pourra avoir une sexualité ? Ce sont des questions que je me suis posées moi aussi.

Et pourtant, petit à petit, j’ai compris que le handicap ne supprimait pas tout ça.

Il faut parfois faire différemment. Il faut s’adapter, apprendre à connaître son nouveau corps et trouver des solutions. Mais ce n’est pas parce qu’on est en fauteuil qu’on n’a plus de sentiments, de désir ou de projets.

J’ai continué à avancer. J’ai fait du sport, j’ai eu des projets et j’ai construit ma vie. Je suis aussi devenu papa de deux enfants.

Pour moi, c’est une chose importante à dire parce que je pense qu’on parle encore trop peu de la vie de famille et de la sexualité après un accident.

Quand on est handicapé, on nous parle beaucoup de soins et de rééducation. C’est évidemment important. Mais on devrait aussi pouvoir parler librement de notre vie intime.

Parce qu’on reste une personne avant tout. On a envie d’aimer, d’être aimé, d’avoir une vie de couple, une sexualité et parfois des enfants.

C’est aussi ce qui m’a donné envie de créer Handijoy.

J’avais envie que les personnes handicapées puissent trouver des informations, des solutions et surtout un endroit où parler de ces sujets sans gêne.

Je ne dis pas que tout est simple. Il y a des difficultés et chacun doit trouver son propre chemin.

Mais mon histoire m’a appris une chose :

Un accident peut changer votre vie, mais il ne doit pas vous empêcher de vivre, d’aimer et d’avoir des projets. »

Damien
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« Ce n’est pas forcément mon corps qui pose problème, mais le regard que l’on porte sur lui »

Je suis atteint de rectocolite hémorragique et de la maladie de Crohn, deux maladies chroniques inflammatoires de l’intestin depuis mes 17 ans. Mon handicap a commencé à prendre une place importante dans ma vie à partir de 2005.

À cette période, j’étais marié. Ma séparation est intervenue en 2004-2005. J’étais malade, avec déjà des problèmes intestinaux importants, mais je n’avais pas encore de poche. Celle-ci est arrivée bien plus tard, en 2016, et elle m’a sauvé la vie.

Cette période a aussi coïncidé avec l’entrée en vigueur de la loi de 2005 sur le handicap. Pour moi, cette loi a constitué une avancée importante dans la reconnaissance des droits des personnes en situation de handicap. Pourtant, je constate encore aujourd’hui qu’elle n’est pas totalement appliquée par certaines structures, ni toujours réellement intégrée dans le regard que les personnes valides portent sur le handicap. Et lorsqu’il s’agit de la vie affective et sexuelle, cette prise en compte me semble encore plus limitée.

Après ma séparation, je suis resté seul pendant un certain temps. Je me suis davantage tourné vers le développement personnel que vers la recherche de rencontres. Puis, pendant environ deux ans et demi, j’ai vécu une histoire de manière assez insouciante, qui m’a permis de m’ouvrir davantage, avec une belle sexualité.

Cette période m’a permis de reprendre confiance et de vivre ma sexualité sans que mon handicap ne soit forcément au centre de mes préoccupations.

En 2009, je me suis pacsé et nous avons eu un enfant peu de temps après. La séparation est survenue fin 2017 sans lien avec ma maladie, et j'ai obtenu la garde alternée en 2019.

À partir de 2016, j’ai également participé à quelques stages tantriques, dans des groupes mixtes et parfois uniquement masculins. J’y ai vécu de très bons ressentis. Le regard des autres était particulièrement bienveillant et ces expériences m’ont permis de sortir de ma zone de confort et de découvrir une autre manière d’être en relation avec mon corps et avec les autres.

Jusqu’en 2018, le fait d’avoir une poche n’a pas eu d’incidence particulière sur ma vie intime ou sexuelle.

Par la suite, j’ai également fait des rencontres occasionnelles. Sur le plan sexuel, je n’ai pas rencontré de difficultés particulières au départ. Puis, progressivement, j’ai commencé à connaître des troubles érectiles, d’abord de manière très occasionnelle, puis de plus en plus fréquemment.

Certaines rencontres m’ont cependant davantage marqué, notamment avec des femmes qui travaillaient dans le milieu médical. Contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, cela ne les a pas forcément rendues plus à l’aise avec ma situation. Ce sont d’ailleurs certaines d’entre elles qui ont mis fin à la relation dès le début, après avoir découvert que j’avais une poche.

Lors d’une rencontre en particulier, je n’avais pas parlé de ma situation dès le départ. Lorsque la personne a découvert ma poche, elle m’a reproché de ne pas lui en avoir parlé plus tôt et a finalement décidé d’arrêter la relation.

Aujourd’hui, je ne souhaite pas forcément en parler dès la première rencontre. J’ai peur que le fait d’annoncer immédiatement la présence de ma poche fasse fuir certaines personnes avant même qu’elles aient eu l’occasion de me connaître. Mais je ne veux pas non plus attendre trop longtemps et donner à l’autre le sentiment de lui avoir caché quelque chose.

C’est donc un équilibre que je cherche encore : trouver le bon moment pour en parler, suffisamment tôt pour être honnête, mais suffisamment tard pour laisser le temps à une véritable rencontre de se créer.

Ce qui m’a le plus posé problème n’a finalement pas été ma sexualité en elle-même, mais le regard de l’autre sur mon corps.

Avec une poche, il existe aussi une part d’appréhension. Il peut y avoir la crainte d’une fuite, notamment dans un moment intime. Cela peut créer une forme de vigilance et empêcher de se laisser complètement aller.

Il y a également tout ce que cela renvoie de soi en tant qu’homme : l’image d’un homme qui ne correspond pas forcément à celle de l’homme « puissant », « performant » ou physiquement conforme aux normes habituelles.

Pour moi, une rencontre sexuelle ne peut pas être uniquement basée sur le sexe. J’ai besoin qu’il y ait des sentiments, une connexion avec l’autre, quelque chose qui dépasse le simple rapport sexuel.

Mes troubles érectiles m’ont aussi amené à questionner la place donnée à la pénétration et à la performance dans les relations sexuelles. Pour certaines femmes, la sexualité reste fortement ancrée dans des normes sociétales et dans une conception du rapport sexuel très phallocentrée, où l’érection et la pénétration occupent une place centrale.

Or, la sexualité peut être beaucoup plus vaste que cela.

Aujourd’hui, je ressens une forme de découragement. J’ai parfois fait une croix sur l’idée de rencontrer quelqu’un. Lorsque j’aborde ma situation très rapidement, certaines femmes partent directement. Mais lorsque j’attends davantage avant d’en parler, il arrive qu’elles me disent ensuite qu’elles auraient préféré le savoir dès le début.

C’est une situation qui peut devenir épuisante. Alors, plutôt que de consacrer mon énergie à la recherche d’une relation, je mets aujourd’hui davantage le focus sur d’autres projets.

Mon parcours m’a finalement appris que le handicap ne touche pas seulement le corps. Il peut aussi toucher la manière dont on se perçoit, la manière dont on pense être perçu par les autres et la place que l’on ose encore prendre dans une relation affective ou sexuelle.

Et parfois, ce n’est pas tant le handicap lui-même qui empêche la rencontre que le regard que l’on imagine que l’autre va porter sur nous.


 

Écoutez ces deux émissions de radio alsaciennes sur son parcours et sa sexualité :


 

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