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12 règles pour une sexualité éthique : vivre une intimité libre et respectueuse
Une sexualité éthique, c’est une sexualité où chacun peut proposer sans imposer, recevoir sans subir et explorer en confiance. Voici douze repères pour sexplorer en conscience, avec soi comme avec l’autre.
Les 12 règles d’une sexualité éthique en bref
- Le oui se vit avant, pendant et après : le silence n’est pas un accord.
- Oui, non, peut-être : on s’écoute soi avant de répondre à l’autre.
- Rien n’est jamais acquis, même après des années ensemble.
- Il n’y a pas de « préliminaires » : tous les gestes comptent.
- Tout le corps est invité, pas seulement les zones génitales.
- On sort du schéma hérité pour inventer sa propre carte.
- On parle, aussi pendant, pour guider et ajuster.
- La confiance naît d’un cadre où chacun peut dire non sans crainte.
- On est présent, au souffle, au corps, à l’autre.
- Le plaisir se partage, il ne se prouve pas.
- Protection, contraception et dépistage sont une responsabilité partagée.
- On respecte l’histoire de chacun et l’on prend soin de l’après.
Sexualité éthique : de quoi parle-t-on ?
Le mot peut surprendre. L’éthique, on l’associe plutôt à la médecine, aux affaires ou à la politique. Pourtant, c’est peut-être dans la chambre qu’elle compte le plus : là où l’on est nu, au sens propre comme au figuré, là où l’on confie à l’autre ce que l’on a de plus vulnérable.
Nous avons presque tous appris la sexualité par bribes : quelques silences en famille, des films, des conversations entre amis, des premières fois parfois maladroites. Nous en avons hérité un scénario tout fait, avec ses étapes, ses rôles et ses évidences. Et ce scénario laisse peu de place à une question pourtant essentielle : est-ce que ce que nous vivons est bon pour chacun de nous ?
Il y a quelques années, je vous partageais sur ce blog « Les 12 commandements sexuels », nourris notamment des réflexions de Maïa Mazaurette. Depuis, mon travail d’accompagnement et l’écriture de mon livre Les préludes de la sexualité consciente m’ont amené à les reprendre avec mes propres mots. Le mot « commandement » a disparu en chemin : ce qui suit n’a rien d’une loi. Ce sont douze repères, douze portes, pour une sexualité plus libre parce que plus respectueuse.
Un mot avant de commencer : ces règles valent pour toutes les orientations et toutes les configurations, couples hétéros ou homos, relations naissantes ou installées depuis vingt ans, rencontres d’un soir ou d’une vie.
Le consentement, fil rouge d’une sexualité éthique
1. Le oui se vit avant, pendant et après
Le consentement n’est pas une case que l’on coche à l’entrée de la chambre. C’est un fil qui se tisse tout au long de la rencontre. On peut avoir envie d’un baiser et pas de la suite, avoir envie au début et plus du tout dix minutes plus tard.
Demander, vérifier, accueillir la réponse : voilà le geste de base. Un « ça te va ? » murmuré, un regard qui cherche celui de l’autre, une pause pour sentir où il ou elle en est. Rien de tout cela ne casse l’ambiance ; ce qui la casse, c’est le malaise de celui ou celle qui n’ose pas dire stop.
Et surtout : le silence n’est pas un accord. Un corps qui se fige, une respiration qui se bloque, un regard qui s’absente sont des réponses. Dans le doute, on s’arrête et on se parle. Le « après » compte aussi : prendre des nouvelles, demander comment l’autre a vécu ce moment, c’est encore du consentement.
2. Oui, non, peut-être… et vers soi aussi
On parle beaucoup du consentement de l’autre, beaucoup moins du sien. Pourtant, combien de oui sont prononcés pour faire plaisir, pour éviter un conflit, parce que « ça fait longtemps » ou parce qu’on pense qu’on « devrait » avoir envie ?
Avant de répondre à l’autre, écoutez-vous. Que dit votre corps ? Votre souffle s’ouvre-t-il ou se resserre-t-il ? Ce petit détour intérieur est au cœur de la sexualité consciente : on ne peut offrir un vrai oui qu’après s’être demandé ce que l’on veut vraiment.
Trois réponses sont possibles, et toutes sont légitimes :
- Oui : j’en ai envie, maintenant.
- Non : ce n’est pas pour moi, ou pas aujourd’hui. Un non est une information, pas un rejet.
- Peut-être, sous conditions : oui, mais plus doucement, oui, mais pas comme ça, oui, si l’on peut s’arrêter à tout moment. Un oui sous conditions est un vrai oui.
Et chacun garde le droit de changer d’avis, à tout moment, sans avoir à se justifier.
3. Rien n’est jamais acquis
Avoir dit oui hier ne vaut pas oui aujourd’hui. Avoir aimé une caresse ne signifie pas l’aimer toujours. Et vivre ensemble depuis des années ne donne aucun droit sur le corps de l’autre.
C’est souvent dans les couples installés que cette règle s’oublie. L’habitude crée des automatismes : la main qui va directement là où « ça marche d’habitude », la pénétration qui arrive sans qu’on en ait parlé. Or le désir bouge avec l’âge, la fatigue, les saisons de la vie.
Prévenez avant un geste intime. Proposez plutôt que supposer. Ce n’est pas de la froideur, c’est une forme d’attention qui dit à l’autre : « je ne te considère pas comme acquis·e, je te redécouvre à chaque fois ».
Élargir le plaisir au-delà du scénario classique
4. Oublier les « préliminaires »
Le mot lui-même dit tout : ce qui est « préliminaire » vient avant la chose importante. Comme une entrée avant le plat principal, que l’on expédie pour arriver enfin à « l’acte », sous-entendu la pénétration.
Cette hiérarchie est l’un des héritages les plus tenaces de nos représentations. Elle laisse beaucoup de monde sur sa faim, à commencer par une grande partie des femmes, pour qui le plaisir passe souvent par bien autre chose.
Un baiser, une caresse, un massage, un souffle partagé, un regard qui dure : tout cela compte autant qu’une pénétration. Tout fait partie de la rencontre. C’est d’ailleurs le sens du titre de mon livre : les préludes ne sont pas une mise en bouche, ce sont des moments de musique à part entière.
5. Tout le corps est invité
Nous avons tendance à réduire la sexualité à une carte minuscule : quelques centimètres carrés de zones génitales, et un seul but, l’orgasme. Le reste du corps devient un simple décor.
Pourtant, la peau est notre plus grand organe sensoriel. La nuque, l’intérieur des poignets, le creux des reins, le cuir chevelu, l’arrière des genoux : chacun a sa carte du plaisir, et elle ne ressemble à aucune autre. Le souffle, le regard, l’odorat, l’ouïe participent aussi.
Plutôt que de deviner ce qui fait du bien à l’autre, demandez-le. Mieux : explorez ensemble, comme on découvre un pays. Et si vous ne connaissez pas encore bien votre propre carte, commencez par là. On guide d’autant mieux l’autre que l’on s’est d’abord rencontré soi-même.
6. Sortir du schéma hérité
Le scénario classique, on le connaît par cœur : le soir au coucher, quelques baisers, un peu de caresses, la pénétration, l’orgasme (souvent d’une seule personne), puis le sommeil. Un trajet du point A, l’excitation, au point B, l’orgasme, avec le moins de détours possible.
Ce schéma n’est pas mauvais en soi. Le problème, c’est quand il devient le seul. Comme un plat préféré mangé tous les soirs, il finit par perdre sa saveur. Et la pression de « réussir » l’arrivée fait oublier le voyage.
Osez dessiner votre propre carte. Quelques pistes :
- Un soir sans objectif : on se retrouve, on se touche, on respire ensemble, sans rien viser.
- Une soirée sans pénétration : pour découvrir tout ce qui existe à côté.
- Changer le moment : un matin, un après-midi, plutôt que toujours à la fin d’une journée épuisante.
- Un jeu inventé à deux : des cartes, un scénario, une règle nouvelle à tester.
La présence et le lien au cœur de la rencontre
7. Parler, aussi pendant
Beaucoup de couples parlent de sexualité en dehors du lit, quand ils en parlent. Mais pendant le moment intime, le silence s’installe, comme si les mots risquaient de briser la magie.
C’est souvent l’inverse. La parole n’éteint pas le désir, elle l’oriente. Guider l’autre, ajuster le toucher, la zone, la pression, le rythme : c’est la meilleure façon de ne pas passer à côté l’un de l’autre. Un « plus doucement », un « oui, là », un « continue » sont des cadeaux faits à l’autre : ils lui disent comment vous faire du bien.
Si les mots ne viennent pas encore, commencez par le corps : poser sa main sur celle de l’autre pour la guider, un soupir, un mouvement qui accompagne. Puis, peu à peu, osez la voix. Et pensez à recevoir ces indications comme des informations précieuses, pas comme des critiques.
8. La confiance, entre sécurité et liberté
On ose d’autant plus proposer, essayer, se laisser aller, que l’on sait pouvoir refuser sans crainte. La sécurité n’est pas l’ennemie de la liberté : c’est elle qui la rend possible.
Concrètement, cela passe par un cadre posé ensemble. De quoi a-t-on envie ? Qu’est-ce qui est exclu ? Comment se dit-on stop ? Pour les jeux plus intenses, jeux de rôle, de pouvoir ou de contrainte, convenez d’un mot d’arrêt, un mot qui n’a rien à voir avec la scène et qui met fin à tout, immédiatement, sans discussion.
La confiance se construit aussi dans la manière dont on accueille un non. Si l’autre peut vous dire non sans bouder, sans culpabiliser, sans punition, il ou elle osera vous dire oui avec bien plus d’élan.
9. Être là, vraiment
On peut être dans le même lit et à des kilomètres l’un de l’autre. La tête dans la liste de courses, dans la réunion du lendemain, dans la peur de ne pas être à la hauteur, dans le scénario qu’on a déjà écrit pour la suite.
La présence est le premier geste d’une sexualité consciente. Revenez au souffle, à la sensation de la peau sous vos doigts, au regard de l’autre. Quand le mental s’emballe, une respiration lente et profonde, du bas-ventre jusqu’à la poitrine, suffit souvent à vous ramener ici.
Et laissez de côté ce qui vous éloigne : le téléphone, bien sûr, mais aussi la performance, les comparaisons et les images toutes faites.
Plaisir, responsabilité et respect partagés
10. Le plaisir se partage, il ne se prouve pas
On ne fait pas l’amour pour réussir un examen. Et pourtant, combien de rencontres intimes ressemblent à une épreuve : tenir longtemps, « faire jouir », prouver sa virilité ou sa féminité, cocher les bonnes cases ?
Un plaisir éthique est un plaisir mutuel, émotionnel autant que physique, porté par le désir et non par l’obligation ou la recherche de performance. Il ne se mesure ni en minutes ni en nombre d’orgasmes. Il se reconnaît à ce que chacun ressent pendant et après : de la détente, de la complicité, l’envie de recommencer.
Cela vaut aussi dans l’autre sens : faire semblant, simuler pour faire plaisir ou pour en finir, c’est priver l’autre d’une information précieuse. Mieux vaut un « je ne suis pas arrivée jusque-là ce soir, et c’était bon quand même » qu’un plaisir joué.
11. Une responsabilité partagée
Préservatifs, lubrifiant, contraception, dépistage des IST, règles : tout cela a longtemps été rangé dans la case « affaires de femmes », ou laissé au hasard. Ce n’est pas l’affaire d’une seule personne.
Être un partenaire éthique, c’est s’informer, prévoir et en parler sans gêne :
- avoir des préservatifs et du lubrifiant sur soi quand on se connaît peu ;
- s’impliquer dans le choix de la contraception, sa charge mentale et son coût ;
- se faire dépister régulièrement et partager ses résultats quand la relation le demande ;
- parler des règles sans dégoût, et proposer son aide plutôt que détourner le regard.
Prendre soin de la santé de l’autre, c’est aussi une façon de lui dire qu’il ou elle compte.
12. Respecter l’histoire de chacun
Personne n’arrive vierge d’histoire dans une rencontre intime. Chacun vient avec son vécu, ses premières fois, ses blessures parfois, ses fantasmes, ses pudeurs, ses évolutions. Et cette histoire continue de s’écrire : on change, on découvre de nouvelles envies, on en abandonne d’autres.
Respecter l’autre, c’est accueillir tout cela sans juger ni comparer. Ne pas se moquer d’un fantasme confié, ne pas comparer avec un ou une ex, ne pas forcer une porte qui reste fermée. C’est aussi ne pas dénigrer les autres, même en leur absence : la manière dont on parle des femmes, des hommes ou des anciens partenaires en dit long sur la manière dont on traitera la personne en face.
Enfin, prenez soin de l’après. Ce moment où l’on redescend est souvent celui où l’on est le plus vulnérable. Un mot, une étreinte, un verre d’eau, un temps ensemble avant de reprendre le cours de la journée : c’est là que la confiance se consolide.
Questions fréquentes sur la sexualité éthique
Qu’est-ce qu’une sexualité éthique ?
C’est une sexualité fondée sur le consentement continu, le respect et le plaisir partagé. Chacun peut proposer sans imposer, refuser sans crainte et explorer en confiance, quelle que soit l’orientation ou la forme de la relation.
Peut-on retirer son consentement pendant un rapport ?
Oui, à tout moment et sans avoir à se justifier. Un oui donné au début ne vaut pas pour toute la suite, et un oui d’hier ne vaut pas pour aujourd’hui.
Comment parler de ses envies sans casser l’ambiance ?
Commencez par des mots courts et positifs pendant le moment intime : « plus doucement », « oui, là », « continue ». Les conversations plus longues sur vos envies et vos limites trouvent mieux leur place en dehors du lit, à tête reposée.
La sexualité éthique concerne-t-elle aussi les couples installés ?
Surtout eux. L’habitude installe des automatismes, et l’on finit par croire que l’autre est acquis. Redemander, proposer et redécouvrir l’autre fait partie d’une sexualité éthique sur la durée.
Quel lien entre sexualité éthique et sexualité consciente ?
La sexualité éthique pose le cadre : consentement, respect, responsabilité. La sexualité consciente invite à habiter ce cadre avec présence, en écoutant son corps, son souffle et ses envies. Les deux se nourrissent mutuellement.
Des portes, pas des commandements
Ces douze règles ne sont pas gravées dans le marbre. Elles ne disent pas comment vous devez faire l’amour, ni avec qui, ni combien de fois. Elles dessinent seulement un cadre dans lequel chacun peut se sentir libre, parce que chacun s’y sent respecté.
Vous n’avez pas besoin de toutes les appliquer dès ce soir. Choisissez-en une qui vous parle, ou qui vous dérange un peu, et observez ce qu’elle change. Parlez-en avec votre partenaire. Ouvrez les portes qui vous appellent, à votre rythme.
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À propos de l’auteur
Nicolas Tisserand est sexothérapeute et fondateur de Sexploration by N. Formé à la sexothérapie analytique, à l’ACT et à la prévention des violences sexistes et sexuelles, il accompagne personnes et couples au cabinet de Luze ou en visioconférence. Il est l’auteur de Les préludes de la sexualité consciente.
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